TOUSSAINT : le Journal des procès

Philippe TOUSSAINT a créé en 1982 Le Journal des procès. Plus qu’un grand chroniqueur judiciaire, c’était un humaniste à l’éthique rigoureuse, soucieux de rapprocher le citoyen de la justice. Le Journal des procès bimensuel était à son image…

La reconnaissance de ses pairs était à la hauteur de la qualité des propos tenus. Parmi les chroniqueurs, on retrouve d’ailleurs des profils ‘lourds’ comme : Claude Javeau, Robert Henrion, JM Dermagne, RM Legros… Que du beau monde !

La bibliothèque de wallonica.org contient la quasi totalité des numéros de la revue et les archives du Journal des procès ne sont pas publiées en ligne : que voilà une belle mission pour nous ! Ci-dessous, la liste des numéros que nous avons déjà dématérialisés avec, en primeur pour chaque numéro scanné, l’éditorial de Philippe Toussaint

MÉTAL HURLANT : Alien (hors-série n°43bis, septembre 1979)

Comme un cheveu sur la soupe (gras le cheveu, à la tomate la soupe), voici, inattendu, un hors-série de MÉTAL HURLANT à cause d’un film important, infiniment, et qui nous a pris de court : Alien.
Et pourtant…
Les premiers, il y a deux ans, nous avons édité Le Nécronomicon : toutes les  images sulfureuses, noires et terriblement fœtales de Giger. Dan O’Bannon avait travaillé un temps à MÉTAL, écrivant le scénario de The Long To-morrow de Moebius qui contient bien souvent Alien en germe… Christian Foss, avait dessiné la couverture de MÉTAL HURLANT n° 11, dans l’attente et dans la promesse d’une histoire qu’il prépare depuis des années et que nous attendons, épuisés, impatients, au seuil du désert des Tartares.
Mais nous ne nous attendions pas, nous n’imaginions pas que tout cela réuni : Giger créant les monstres, O’Bannon écrivant l’histoire et faisant bien davantage, Foss boulonnant les fusées et Moebius (MOEBIUS !) dessinant les scaphandres (et aussi, le metteur en scène de Duellistes et de Ron Cob, l’écologiste narquois), nous allions pour la première fois au cinéma avoir peur.
Filez voir Alien : vous êtes toujours un petit garçon et au-dessus de l’armoire le Père Fouettard attend…

JEAN-PIERRE DIONNET

La vie liégeoise n°10 (octobre 1974)

Ami lecteur, que tu sois de chez nous ou que tu viennes d’au-delà de nos frontières, la Ville de Liège est heureuse de te recevoir chez elle. Elle te souhaite la plus cordiale bienvenue et te rappelle que l’Office du Tourisme est à ton entière disposition pour te servir.

L’article consacré à la rue du Pont à Liège est entièrement retranscrit dans le topoguide

CAHIERS MARXISTES n°165 : 1789-1989 (janvier-février 1989)

La Révolution française est comme une borne dans l’histoire de toutes les nations.

Ce constat de l’historien marxiste Eric Hobsbawm suffirait-il à justifier la présente livraison des cm, presque entièrement consacrée à 1789. On ne nous soupçonnera pas d’entrer en compétition avec les fastes français du bicentenaire, grandioses et déjà envahissants.

Guy Lemarchand, professeur à l’université de Rouen, traite en expert de la situation en France à la fin de l’ancien régime. Robert Devleeshouwer, ancien professeur à l’université de Bruxelles, signe un texte original et impétueux sur la révolution française et la Belgique. Quant à Philippe Raxhon, jeune historien liégeois, il explore pour nous un événement mal connu, le centenaire de la révolution française dans la cité ardente.

Une substantielle note de lecture de Claude Renard sur 1789 dans les provinces belgiques complète cette série “révolutionnaire”.

Rosine Lewin, rédactrice en chef

LE VIF : Les 100 qui ont fait la Belgique (dossier, 25e année, n° 28-29, 2007)

“Pourquoi celui-ci et pas celui-là ? La place dévolue à chacun est-elle équitable ? Quand on publie un dossier du type « top 100 », on se heurte vite à des choix impossibles. On entend déjà persifler ceux qui auront relevé des omissions impardonnables. Ou ceux qui déplorent le besoin très actuel de classer (décideurs de l’année, communes bien gérées…). “Comment comparer le fondateur d’une grande boîte pharmaceutique avec un Prix Nobel ? remarque fort justement un professeur de l’ULB consulté par la rédaction. Les gens doivent comprendre que les découvertes, c’est du travail d’équipe.” Néanmoins, l’intérêt du public pour les grandes figures d’hier et d’aujourd’hui est une réalité. En 2005, la RTBF et la VRT ont organisé un vote des téléspectateurs pour élire le “plus grand Belge” de tous les temps. Jacques Brel a remporté la palme d’or du côté francophone, le père Damien a écrasé la concurrence du côté flamand . Notre classement, lui, reprend les personnalités qui se sont illustrées depuis 1830. Exit, donc, Ambiorix. Mais aussi Godefroid de Bouillon ou Rubens. Nous n’avons pas retenu non plus des vedettes plébiscitées aujourd’hui par le grand public et peut-être oubliées demain. Notre sélection, forcément subjective, associe les Belges les plus influents, ceux qui ont marqué leur époque et ceux qui participent à l’identité belge. Sans oublier certains noms dont le pays est moins fier… “

Pour en savoir plus…

AGORA X.4 : Le sport durable (2004)

ON L’APPELAIT JACK RABBIT. Il était venu de Norvège sous le nom de Herman Smith Johannsen. Il a passé sa vie à skier, à aménager des pistes de ski et à donner le goût du ski de fond aux Québécois. Il était légendaire de son vivant. Il participait encore à des compétitions à l’âge de soixante-quinze ans. La longueur des trajets qu’il parcourait à plus de quatre-vingt-dix ans étonnait tout le monde. Il est mort en 1987, à l’âge de cent douze ans, après avoir donné son nom à des événements et des hôtels. Le sport durable c’est lui.

Voilà un domaine où il existe depuis Hippocrate, dont on connaît les préceptes sur l’équilibre entre l’alimentation et l’exercice physique, un consensus qui se renforce avec le temps : l’activité physique est une bonne chose, les modes de vie sédentaires une mauvaise chose. “Ils accroissent toutes les causes de mortalité, font doubler le risque de maladies cardio-vasculaires, de diabète et d’obésité et font considérablement augmenter les risques de cancer du côlon, d’hypertension artérielle, d’ostéoporose) de dépression et d’angoisse” (OMS)

Dans un pays comme le Canada où ce genre de message est régulièrement diffusé, l’accès à des  lieux qui facilitent l’activité physique et la rendent agréable est facile et souvent gratuit. Il n’empêche que 49 % de la population est inactive. Entre l’âge de douze et quatorze ans, le pourcentage d’inactifs n’est que de 20 %.Il passe à 31 % de quinze à dix-neuf ans, à 41 % de vingt à 24 ans, à 50% entre vingt-cinq et et trente-quatre ans. L’inactivité se stabilise ensuite. A l’âge de soixante-quinze ans et plus, elle atteint 63 %.

Chez les jeunes en particulier, l’activité physique est en déclin au Canada. “Au cours des dernières années, l’incidence de l’obésité chez les adolescents a doublé ; l’incidence d’un surplus de poids a augmenté de 92 % chez les garçons et de 57 % chez les filles entre 1981 et 1993. Depuis une décennie, les enfants canadiens dépensent 400 % moins d’énergie que leurs compatriotes d’il y a quarante ans et 60 % d’entre eux ne se conforment pas aux normes d’une bonne condition physique pour leur groupe d’âge.” Cette lamentable situation est en grande partie le résultat d’un développement où l’on sacrifia les besoins des enfants aux intérêts de l’industrie automobile, à la poursuite d’un progrès auquel on sacrifiait la nature d’autre part. Sauf exception, les anciens collèges et couvents du Québec possédaient une immense cour de récréation, généralement bien aménagée et parfois belle au point d’en être inspirante : y marcher était un plaisir auquel on rêvait pendant les heures de classe ennuyeuses pour s’y adonner le moment venu, comme un enfant court vers la mer, sans avoir à mobiliser sa volonté. Autour des nouveaux collèges, il n’y a que des terrains de stationnement.

Au moment où le Cégep d’Ahuntsic a été fondé à Montréal, à la fin de la décennie 1960, il y avait un grand boisé dans le voisinage immédiat. On refusa de le céder au Cégep, qui l’aurait transformé en un parc destiné à ses milliers d’étudiants. On leur offrit plutôt un gymnase et une piscine olympique. Mais voilà : ces équipements offrent bien des avantages, notamment pour la préparation aux compétitions olympiques, mais ils ne préparent pas à l’activité physique durable. L’homme ressemble encore à l’oiseau migrateur. Il est soumis à la polarité. Il se déplace d’autant plus facilement qu’il est attiré par un but enchanteur : beauté du paysage, ivresse de l’air de la montagne, parfum des fleurs, saveur des champignons, attraits d’une ville comme le vieux Québec, où dans certaines rues, la vue est réjouie par le caractère à la fois unique et varié des maisons anciennes, et par l’attrait des boutiques qui jalonnent les rues étroites conduisant au fleuve. Aux Etats-Unis, royaume des gadgets de l’entraînement physique, parmi les exercices que les personnes actives pratiquent, la marche domine dans 43 % des cas, le travail au jardin ou dans la cour suit avec 28 %,le jogging ou la course représentent 10% des activités, le vélo mobile ou fixe, 12 %, la gymnastique 15%.

Nous vivrons mieux lorsque nous aurons plus de sollicitude pour la vie autour de nous et pour la polarité dont nous avons besoin pour nous unir à elle. Georges Hébert, à qui nous devons l’hébertisme, est l’un de ceux qui avaient mis ses contemporains en garde contre une approche trop rationnelle et trop volontariste de l’éducation physique.

Le docteur André Schlemmer lui a rendu cet hommage : “Il est antinaturel, ennuyeux et même fatigant de demander à un être d’accomplir un exercice qui n’a de sens qu’en soi ou qui ne correspond qu’à une conception rationnelle. Un effort qui n’est pas porté par la spontanéité expressive ou efficace n’est pas seulement lassant : il réussit mal à être éducatif, formateur et bienfaisant. Les exercices analytiques et scientifiques, qu’il s’agisse de gymnastique, d’entraînement aux sports ou de piano, sont antinaturels et, de ce fait, leur résultat est médiocre, malgré le temps et l’effort demandés. C’est là la découverte géniale de Georges Hébert et l’inspiration de toute son oeuvre.

Jacques DUFRESNE

Le PDF intégral du magazine a été retranscrit par notre équipe et océrisé (vous pouvez en copier-coller le texte) :

Arduina n°3 (magazine, 1997-1998)

“Faites une fleur à la nature, protégez-la !”

Le message de la Fédération Touristique du Luxembourg Belge, dont nous nous sommes déjà fait l’écho, a des accents bucoliques. Il n’en cache pas moins une préoccupation qui se fait de plus en plus pressante. “Protéger la nature, respecter l’environnement, garder les villes et villages propres…” Ces consignes, indissociables du devoir civique de tout un chacun, sont plus que jamais d’actualité.

Respecter la nature, c’est aussi, sinon d’abord se respecter soi-même… en contribuant simplement au bien-être de tous.

La pollution s’est hissée parmi les fléaux majeurs qui menacent notre planète. Sous les formes, parfois les plus pernicieuses, voire presque anodines – serait-on tenté de croire – ses ravages ne cessent de ronger notre environnement. L’homme clôture, asphalte, bétonne… et produit de plus en plus de déchets.

Si I’habitude nous masque le triste visage qu’offrent nombre de villes, le contraste s’affiche de façon nettement plus cinglante dans nos campagnes et nos forêts !

Qui sont-ils donc, ces prétendus amoureux de la nature qui sèment papiers et détritus sur leur passage. Dans notre société tout entière vouée à la consommation, les producteurs tiennent évidemment une large part de responsabilités en matière de pollution. Avec pour souci majeur le “bien-être” et la facilité des consommateurs, en rendant leurs produits toujours plus accessibles, les fabricants contribuent ainsi à I’augmentation des déchets. Emballages divers et bouteilles dans des matières plastiques, boîtes métalliques, sont hélas, de plus en plus volontiers éparpillés dans la nature par des gens sans scrupule.

Sans doute, est-ce là, affaire d’éducation et respect de la part des uns, mais ne pourrait-on pas aussi espérer, de la part des autres, une prise de conscience à ce niveau, débouchant sur des méthodes de conditionnement plus respectueuses de la nature ?

On peut aussi s’interroger sur les infrastructures mises à la disposition du public. Le nombre de poubelles, apparaît, par exemple dans certains cas, parfois bien dérisoire sur les sites censés faire face à un taux de fréquentation élevé. Il faut bien évidemment des moyens humains et matériels pour faire lace à la situation. Dans ce domaine, la balle est dans le camp des autorités auxquelles il revient donc d’allier le geste à la parole. Conseiller le public, c’est bien. Encore faut-il que celui-ci puisse appliquer les consignes…

Tout est question de volonté. Afficher un slogan sensibilisateur est déjà une première étape. Donnons-nous, donnez-nous, les moyens de joindre I’acte à la parole… Et tant qu’à parler de “message”, prêchons un peu pour notre paroisse, en vous suggérant, chers lecteurs, d’assurer à votre manière, la promotion du produit que vous tenez entre les mains. Vous qui appréciez Arduina, parlez-en donc à vos amis et connaissances. La démarche d’une publication comme celle-ci ne peut être garantie de succès, que si tous ceux qui aiment I’Ardenne s’associent à notre cause.

Christian Léonard
Rédacteur en chef


195 FB / 33 FF / 11 FL : des francs belges ou français, des florins, c’est la marque d’une autre époque. On la trouve au pied de la couverture de l’éphémère magazine Arduina, dont trois numéros seulement nous sont parvenus (merci à notre regretté collaborateur David Limage pour cela). La collection est néanmoins complète comme cela et restera disponible dans les ressources de notre documenta.wallonica.org


Dans le même fonds…

FLUIDE GLACIAL n° 394 : Spécial Belgique (avril 2009)

Quand un magazine d’UMOUR et BANDESSINÉES, j’ai nommé Fouloude Goziol ou, plus communément Fluide Glacial, se paie une tranche de Belgitude, cela donne ceci…

Les gens du monde : le Belge (page 51)

Le Belge est un français comme vous et moi mais en septante fois plus zievereer. On distingue couramment quatre types de Belges. Pour les croiser, il suffit de se perdre à Bruxelles en allant à un vernissage de Schuiten-Peeters ou à l’anniv’ de Jean-Claude Van Damme, par exemple, et de demander son chemin.

Si le Belge fait semblant de ne pas comprendre et vous répond “Walen Buiten” avec des cris gutturaux qui évoquent la laryngite aviaire du corbeau, c’est que vous êtes tombé sur un Flamand. Mince comme la monture de ses lunettes design, racé comme un canapé griffé des “6 d’Anvers”, travailleur et aisé, le Flamand est persuadé d’aider Dieu et le roi à sauver la Belgique. D’ailleurs, s’il était moins overbooké, iI se chargerait lui-même de la débarrasser de ses 4 millions de Wallons qui la plombent avec leur chômage longue durée et leurs cirrhoses hors de prix. En attendant la guerre de Sécession, il se console en écoutant des groupes flamands before-buzz et after-hype, recommandés par David Bowie, et en dénonçant son voisin qui mange du pain français.

Si te Belge est bruyant et expansif, vêtu d’un jogging fluo et d’un T-shirt “Franck Michael World Tour”, roule les yeux et les “r”, c’est que vous êtes tombé sur un Wallon venu claquer ses indemnités chômage à Bruxelles. Enfermés dans leur enclave territoriale où les hivers et les plans sociaux sont longs et rigoureux, les Wallons ont décidé de ne pas se laisser aller au suicide collectif qu’espèrent d’eux les Flamands. Pour les aider à garder la niaque, ils peuvent compter sur une nourriture roborative (sirop de Liège, tarte al djote, panier-repas de la Croix Rouge…), les chansons d’Adamo et Frédéric François (deux enfants du pays qui ont eu le courage de ne pas s’installer à Monaco) et surtout les apparitions télévisées cultissimes de leur ministre socialiste, Michel Daerden, à côté duquel Eltsine aurait eu l’air sobre (voir ses 670 sketches sur youtube). Comme il n’est pas pressé et qu’il a le cœur gros comme un haut-fourneau éteint, le Wallon vous offrira sûrement une gaufre et vous racontera sa vie de façon si désespérée et si drôle que le petit frenchy maniéré que vous êtes
prendra sa première leçon d’humour grunge (l’exact opposé d’un spectacle d’Arthur).

Troisième solution, le Belge t’appelle “tich” et t’emmène boire direct une Duvel au Verschueren ou au Belga. Tu as affaire à un Bruxellois (il y en a un million dans la capitale). Les mots “convivialité” et “collant” ont été inventés pour eux. Censés être tous “totally bilingual” (d’après leurs CV bidon), ils sont en fait à 80% francophones mais ne supportent pas (surtout Tinlot) d’être pris pour des Wallons (qu’ils trouvent terriblement ordinaires et provinciaux). Vaguement complexé d’être belge, le Bruxellois admire en secret le Flamand désinhibé qui assume grave sa belgitude (alors que de son côté, le Flamand déporterait volontiers en Wallonie le Bruxellois francophone qui fait tache dans sa capitale). Mais le Bruxellois est avant tout fier d’être au cœur du royaume, à un jet d’urine du Manneken-Pis et du
palais du roi adoré, à quelques stations du sporting-club d’Anderlecht et de l’Union St Gilloise, au pays de Tintin, de Gaston, d’Eddy Merckx, d’Annie Cordy, de l’entarteur, de Sttellla, des Snuls, de l’Atomium, des gouvernements sans Premier ministre… Bref, le Bruxellois se la joue mais on lui pardonne parce qu’il a de quoi.

Dernier cas, si le Belge vous répond avec un superbe mix d’accent allemand et de wallon, vous êtes tombé sur un des membres de la communauté germanophone (ils sont 70 000). Le mieux est de faire comme tout le monde en Belgique : s’en foutre et passer votre chemin. De toute façon, le royaume
de nos voisins est si petit qu’on ne peut pas s’y perdre.

Pascal Fioretto, Fluide Glacial

Pour en savoir plus…

Journal des procès n°279 (17 mars 1995)

Le dessin (colorié par nous) reproduit en couverture est extrait du Songe de Poliphile, chef-d’oeuvre insurpassé des livres imprimés, Alde Manuce l’édita à Venise en 1499 et on reste stupéfait de la somme de talents conjugués que représente cet in-folio de 234 pages. Le texte en est mystérieux et fascinant. On suppute que son auteur serait un Dominicain, Columna, parce qu’en assemblant les premières lettres des trente-huit chapitres on obtient la phrase Poliam Frater Franciscus Columna permavit. L’ouvrage tout entier procède de tels acrostiches, de subtilités proprement cabalistiques. Il est écrit en un italien très savant, farci de néologismes que seuls des linguistes avertis peuvent entendre.

Le Songe de Poliphile est, semble-t-il, initiatique, didactique, symbolique et, assurément, ésotérique. Ce serait une véritable Bible de l’humanisme et de la conscience aiguë qu’avaient ces humanistes de la splendeur de la vie. Il nous entraîne dans un jardin dont l’architecture et les monuments évoquent, par exemple, ceux de Bomazo, à Viterbe où on ne peut manque d’être saisi, d’une angoisse exquise et morbide, tout y paraissant si lourd de sens, mais lequel ?

On soutient parfois que Le Songe de Poliphile fut un cri de désespoir d’humanistes épouvantés de constater que la papauté s’engageait dans la voie du pouvoir temporel, changement politique qui coïncida avec les morts mystérieuses de nombre d’intellectuels aussi brillants que Pic de la Mirandole ou Ange Politien. A l’appui de cette thèse, on doit bien mettre le formidable investissement de tous ordres que représenta cette publication par le prince des éditeurs de cette époque, Alde Manuce, et que, par exemple, les nombreuses et merveilleuses illustrations de l’ouvrage furent successivement et même concomitamment attribuées au Pérugin, à Raphaël, Bellini, Carpaccio, Mantegna, Montagna et bien d’autres encore, comme si tant de génies de la pensée et des arts s’étaient unis pour lancer un cri de désespoir dont les échos ne sont plus perceptibles aujourd’hui que dans les cyclamens sauvages qui ont poussé, couleur de cernes et de lilas, aurait dit Apollinaire, au creux des rocs sculptés de Bomazo…

Philippe Toussaint


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Journal des procès n°339 (26 décembre 1997)

Cette estampe sur bois est peut-être la plus ancienne du genre. Elle serait antérieure à 7423 et aurait été tirée, soit en Allemagne, soit dans les Pays-Bas. Elle a cette singularité d’être sur papier de coton non collé, en sorte que I’impression I’a traversée à ce point qu’on la voit presque aussi bien à l’envers qu’à I’endroit.

Cette estampe coïncide avec la vulgarisation en Europe du papier de chiffe (de l’allemand chipe) sans lequel I’estampage était à peu près impossible, sauf sur étoffe. Cet art d’imprimer sur étoffe était déjà en usage en Chine, dès l’an mille semble-t-il, mais on peut aussi remonter à l’Egypte antique. Ainsi, une fois encore, le problème de l’origine d’une technique débouche-t-il sur des discussions sans fin, aucune découverte de cet ordre ne pouvant être datée précisément.

Il n’importe point peu, car les gravures sur bois du début du XVème siècle ont sans doute suggéré aux artistes de cette époque d’obtenir les reproductions de leurs œuvres à plusieurs exemplaires par d’autres procédés, par exemple la gravure sur métal. Dans le premier cas toutefois, I’empreinte venait des parties en relief de la planche et, dans le second, des creux. Épineuse question ! Pas plus en somme que l’énigme de notre estampe où la fermeté du dessin se marie à la naïveté en même temps qu’à la hardiesse…

Philippe Toussaint


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