CAHIERS MARXISTES n°165 : 1789-1989 (janvier-février 1989)

La Révolution française est comme une borne dans l’histoire de toutes les nations.

Ce constat de l’historien marxiste Eric Hobsbawm suffirait-il à justifier la présente livraison des cm, presque entièrement consacrée à 1789. On ne nous soupçonnera pas d’entrer en compétition avec les fastes français du bicentenaire, grandioses et déjà envahissants.

Guy Lemarchand, professeur à l’université de Rouen, traite en expert de la situation en France à la fin de l’ancien régime. Robert Devleeshouwer, ancien professeur à l’université de Bruxelles, signe un texte original et impétueux sur la révolution française et la Belgique. Quant à Philippe Raxhon, jeune historien liégeois, il explore pour nous un événement mal connu, le centenaire de la révolution française dans la cité ardente.

Une substantielle note de lecture de Claude Renard sur 1789 dans les provinces belgiques complète cette série “révolutionnaire”.

Rosine Lewin, rédactrice en chef

AGORA X.4 : Le sport durable (2004)

ON L’APPELAIT JACK RABBIT. Il était venu de Norvège sous le nom de Herman Smith Johannsen. Il a passé sa vie à skier, à aménager des pistes de ski et à donner le goût du ski de fond aux Québécois. Il était légendaire de son vivant. Il participait encore à des compétitions à l’âge de soixante-quinze ans. La longueur des trajets qu’il parcourait à plus de quatre-vingt-dix ans étonnait tout le monde. Il est mort en 1987, à l’âge de cent douze ans, après avoir donné son nom à des événements et des hôtels. Le sport durable c’est lui.

Voilà un domaine où il existe depuis Hippocrate, dont on connaît les préceptes sur l’équilibre entre l’alimentation et l’exercice physique, un consensus qui se renforce avec le temps : l’activité physique est une bonne chose, les modes de vie sédentaires une mauvaise chose. “Ils accroissent toutes les causes de mortalité, font doubler le risque de maladies cardio-vasculaires, de diabète et d’obésité et font considérablement augmenter les risques de cancer du côlon, d’hypertension artérielle, d’ostéoporose) de dépression et d’angoisse” (OMS)

Dans un pays comme le Canada où ce genre de message est régulièrement diffusé, l’accès à des  lieux qui facilitent l’activité physique et la rendent agréable est facile et souvent gratuit. Il n’empêche que 49 % de la population est inactive. Entre l’âge de douze et quatorze ans, le pourcentage d’inactifs n’est que de 20 %.Il passe à 31 % de quinze à dix-neuf ans, à 41 % de vingt à 24 ans, à 50% entre vingt-cinq et et trente-quatre ans. L’inactivité se stabilise ensuite. A l’âge de soixante-quinze ans et plus, elle atteint 63 %.

Chez les jeunes en particulier, l’activité physique est en déclin au Canada. “Au cours des dernières années, l’incidence de l’obésité chez les adolescents a doublé ; l’incidence d’un surplus de poids a augmenté de 92 % chez les garçons et de 57 % chez les filles entre 1981 et 1993. Depuis une décennie, les enfants canadiens dépensent 400 % moins d’énergie que leurs compatriotes d’il y a quarante ans et 60 % d’entre eux ne se conforment pas aux normes d’une bonne condition physique pour leur groupe d’âge.” Cette lamentable situation est en grande partie le résultat d’un développement où l’on sacrifia les besoins des enfants aux intérêts de l’industrie automobile, à la poursuite d’un progrès auquel on sacrifiait la nature d’autre part. Sauf exception, les anciens collèges et couvents du Québec possédaient une immense cour de récréation, généralement bien aménagée et parfois belle au point d’en être inspirante : y marcher était un plaisir auquel on rêvait pendant les heures de classe ennuyeuses pour s’y adonner le moment venu, comme un enfant court vers la mer, sans avoir à mobiliser sa volonté. Autour des nouveaux collèges, il n’y a que des terrains de stationnement.

Au moment où le Cégep d’Ahuntsic a été fondé à Montréal, à la fin de la décennie 1960, il y avait un grand boisé dans le voisinage immédiat. On refusa de le céder au Cégep, qui l’aurait transformé en un parc destiné à ses milliers d’étudiants. On leur offrit plutôt un gymnase et une piscine olympique. Mais voilà : ces équipements offrent bien des avantages, notamment pour la préparation aux compétitions olympiques, mais ils ne préparent pas à l’activité physique durable. L’homme ressemble encore à l’oiseau migrateur. Il est soumis à la polarité. Il se déplace d’autant plus facilement qu’il est attiré par un but enchanteur : beauté du paysage, ivresse de l’air de la montagne, parfum des fleurs, saveur des champignons, attraits d’une ville comme le vieux Québec, où dans certaines rues, la vue est réjouie par le caractère à la fois unique et varié des maisons anciennes, et par l’attrait des boutiques qui jalonnent les rues étroites conduisant au fleuve. Aux Etats-Unis, royaume des gadgets de l’entraînement physique, parmi les exercices que les personnes actives pratiquent, la marche domine dans 43 % des cas, le travail au jardin ou dans la cour suit avec 28 %,le jogging ou la course représentent 10% des activités, le vélo mobile ou fixe, 12 %, la gymnastique 15%.

Nous vivrons mieux lorsque nous aurons plus de sollicitude pour la vie autour de nous et pour la polarité dont nous avons besoin pour nous unir à elle. Georges Hébert, à qui nous devons l’hébertisme, est l’un de ceux qui avaient mis ses contemporains en garde contre une approche trop rationnelle et trop volontariste de l’éducation physique.

Le docteur André Schlemmer lui a rendu cet hommage : “Il est antinaturel, ennuyeux et même fatigant de demander à un être d’accomplir un exercice qui n’a de sens qu’en soi ou qui ne correspond qu’à une conception rationnelle. Un effort qui n’est pas porté par la spontanéité expressive ou efficace n’est pas seulement lassant : il réussit mal à être éducatif, formateur et bienfaisant. Les exercices analytiques et scientifiques, qu’il s’agisse de gymnastique, d’entraînement aux sports ou de piano, sont antinaturels et, de ce fait, leur résultat est médiocre, malgré le temps et l’effort demandés. C’est là la découverte géniale de Georges Hébert et l’inspiration de toute son oeuvre.

Jacques DUFRESNE

Le PDF intégral du magazine a été retranscrit par notre équipe et océrisé (vous pouvez en copier-coller le texte) :

CLOBERT J.-B., Leçons d’hygiène et d’antialcoolisme (1923)

A la lecture de l’ouvrage de J.-B. CLOBERT, Leçons d’hygiène et d’antialcoolisme : à l’usage des élèves, garçons et filles des écoles primaires, des cours d’adultes et des sections préparatoires des écoles moyennes” publié à Namur vers 1923 (cfr. fiche bibliographique de l’IHOES), on peut découvrir la “modernité” de certaines méthodes pédagogiques et de prévention. Loin d’être une brochure d’aujourd’hui, lookée par un bureau de communication pour mieux servir la santé publique, le petit ouvrage de Clobert sacrifie plutôt à une approche humaniste où les savoirs proposés voisinent avec des chansons , des poèmes, des historiettes et des anecdotes. A chacun de jauger, à la lecture, si les arguments déployés ne témoignent pas d’un paternalisme excessif envers les “petites gens” et d’une mentalité trop bien-pensante, qui n’hésite pas à sombrer dans un clivage tranché, à l’encontre du vivre-ensemble. Le débat est ouvert, nous l’alimentons avec le PDF que vous pouvez télécharger en cliquant ci-dessous et avec quelques extraits bien sentis…

Le buveur et le cabaretier
(parodie de la fable : La cigale· et la fourmi)

Le buveur s’étant grisé
Tout l’été,
Vit sa bourse fort grelue
Quand la grève fut venue.
Dans la poche plus un sou ;
Logis vide, tout au clou.
Chez ses mastroquets intimes,
Il quêta quelques centimes
Afin qu’il put s’acheter
Du pain bis, pour subsister
Jusqu’à ce qu’un peu de veine
Le fit sortir de la gêne.
– Je vous paierai, leur dit-il,
– Bien sûr le premier avril.
Les débitants veulent prendre
Les salaires, mais point rendre.
– Que faisais-tu, grand buveur,
Dit l’un d’eux à l’emprunteur,
Quand, à la saison dernière,
Tu touchais ta paie entière ?
– Nuit et jour, chez toi venant
Je buvais, ne te déplaise.
– Tu buvais ? j’en suis fort aise ?
Eh bien ! jeûne maintenant.

Eauderoche

Réponse d’un enfant

A de jeunes enfants, je faisais la leçon
Sur le vin, sur l’alcool et sur toute boisson ;
Je leur disais que l’eau, de toute, la moins chère,
Est aussi la meilleure et la plus salutaire.
Puis je leur demandais presque à bâtons rompus .
– “Pourquoi ne faut-il pas des boissons faire abus ?
Pourquoi ne devez-vous pas boire d’eau-de-vie ?”
Un enfant de sept ans, à la mine blêmie,
L’air souffrant, me répond : “Moi, Monsieur, je sais ça :
Pour ne pas me saouler comme le fait papa.”

EM. MAILLET, instituteur

L’ivrogne (SONNET)

L’ivrogne est, sur le monde, un hideux phénomène,
Un corps exsangue et blême où l’alcool, ce poison,
N’a pas laissé survivre un semblant de raison,
Pour le livrer, inerte au vice qui le mène.

L’ivrogne est tout au plus un monstre à face humaine,
Où grandissent les mœurs de la bête, à foison ;
Brebis au cabaret qui lui prend sa toison,
Il est tigre au taudis qui lui sert de domaine.

L’ivrogne est l’ogre noir aux grossiers appétits,
Le bourreau de sa femme et de ses chers petits,
Qui vont souffrant la faim sous leurs sales guenilles.

L’ivrogne est le fléau de la société,
Le destructeur cruel des cœurs et des familles,
La honte de ce siècle et de l’humanité !

J. DELANGE

Problème 2

Un homme avait la mauvaise habitude de dépenser chaque jour 0,25 franc en boissons et 0,20 franc pour du tabac. Chaque dimanche, il dépensait au  cabaret autant que pendant 3 jours ordinaires. Actuellement, il ne fume plus et ne dépense plus que 0,40 franc chaque semaine pour boissons. De combien d’ares de terrain à 94,90 francs peut-il devenir propriétaire à la fin d’une année depuis son changement de conduite ?

Exercice : lettre de reproches et de conseils

Votre frère, jeune soldat en garnison dans une grande ville, fréquente des  camarades de débauche. Vous lui écrivez pour l’engager à renoncer à leur société. Vous lui rappelez les sages exhortations de son père, au moment du départ ; vous lui dépeignez le chagrin des membres de la famille qui redoutent les entraînements de mauvais exemples ; vous lui donnez enfin des conseils sur les moyens d’utiliser ses moments de loisir.

Canevas de la lettre

INTRODUCTION : Votre peine ; reproches au nom des parents.

      • A. Danger des mauvaises compagnie : Propos grossiers; habitude du cabaret ; folles dépenses ; débauche ; dégoût du service ; punitions.
      • B. Sages exhortations du père : Respect et obéissance envers ses chefs ; exactitude au service ; choix d’amis convenables.
      • C. Chagrin de la famille : Craintes du père (proverbe) ; larmes de la mère ; tristesse de la sœur.
      • D. Moments de loisirs : Promenades en bonne compagnie ; distractions honnêtes ; lectures instructives et intéressantes.

FINALE : Votre espoir ; demande de nouvelles rassurantes.
Formule affectueuse.

Conseil aux ménagères

Exercez-vous à tous les travaux du ménage, apprenez à faire la cuisine. Les mets les plus ordinaires ont encore de la saveur lorsqu’ils sont bien préparés. Non seulement dans la classe ouvrière, mais dans toutes les classes de la société, les bons ménages sont ceux où la femme est habile ménagère. Rien n’entretient la gaieté et la bonne humeur comme les bons repas pris en commun. Ce serait une erreur de croire que la préparation de mets savoureux doive nécessiter de grandes dépenses. Les ménages où l’on se nourrit le mieux ne sont pas ceux où l’on dépense le plus, car c’est ici que doit s’exercer l’art de la ménagère…

FLUIDE GLACIAL n°93 : les bonnes feuilles (mars 1984)

Début 1975 paraît le dixième numéro de L’Écho des savanes, le dernier auquel Gotlib contribue. Avec son ami Jacques Diament et le dessinateur Alexis, il lance alors un nouveau magazine satirique, Fluide glacial. Le premier numéro paraît le 1er mai 1975. Initialement conçu comme un trimestriel, Fluide glacial devient mensuel dès 1976. À la fois auteur et rédacteur en chef, Gotlib rassemble autour de lui une équipe d’artistes dont il se sent proche : Alexis, Forest, Masse, Solé, bientôt suivis par Binet, Edika, Goossens, Gimenez, Franquin, Moebius, Bretécher, Dister, Fred, Loup, Pétillon, auxquels s’ajouteront de nombreux jeunes auteurs, dessinateurs ou écrivains, dont Léandri, Frémion ou Jean-Pierre Jeunet.

Plutôt que de les livrer aux souris, nous publions dans la documenta les bonnes feuilles des numéros que nous avons pu sauver. Ici, le numéro 93, paru en mars 1984. Voici donc :

Les trois premières pages du numéro, avec le sommaire

LELONG, Carmen Cru, les huîtres


COUCHO, Le Banni

EDIKA, Rue Saint-Denis

BINET, Les Bidochon en voyage organisé

Visiter le site commercial du magazine…
  • Pour les collectionneurs, les archives complètes de Fluide Glacial ont été scannées par BEDETHEQUE.COM.

ORIGAMI : la gare de Watermael-Boitsfort

Avis aux bricoleurs et aux amateurs de trains électriques : parmi les merveilles qui composent notre Fonds PRIMO (un ensemble impressionnant de ressources téléchargeables qui nous a été confié par son propriétaire, Daniel Baise, en vue de sa diffusion dans notre DOCUMENTA), se trouvent également des choses aussi inattendues que les plans de la gare de Watermael-Boitsfort (Bruxelles), prêts à être imprimés, découpés et montés.

ARMEE BELGE : Eléments de Kiswahili véhiculaire à l’usage des militaires de la base de Kamina

“Kamina est non seulement la plus importante des bases congolaises, mais elle est aussi, potentiellement, une base Internationale. Elle possède deux pistes permettant en même temps les décollages et les atterrissages d’escadrilles. Leurs caractéristiques sont celles des aérodromes de l’O.T.A.N. La base est équipée d’un puissant armement antiaérien. Les bâtiments militaires sont en béton et dispersés afin de mieux résister à une attaque atomique. Sur le terrain de manœuvres de l’armée peuvent s’effectuer des tirs réels de canons Vickers de 20 millimètres et de mitrailleuses Thomson…” [d’aprèsLEMONDE.FR]

Manifestement, l’investissement avait été moindre en termes de formations données aux militaires belges, pour faciliter la coopération avec les “travailleurs indigènes” évoqués par van Lierde (cfr. wallonica) ; en témoigne ce syllabus authentique (collection privée) : “Eléments de Kiswahili véhiculaire, à l’usage des militaires de la base de Kamina” (non-daté avec, en couverture, un dessin daté de 1952).

L’avant-propos du syllabus ne manque pas d’intérêt pour qui désire s’imprégner des mentalités en cours à l’époque. Nous le transcrivons tel quel :

Vous trouverez dans la brochure élaborée par le Commandant de la Base de Kamina, à l’intention de ceux appelés à s’y rendre, le conseil d’apprendre avant le départ, des rudiments de Kiswahili… [lire la suite dans wallonica.org]

© Collection privée

Le Samoyobe (fanzine, vers 1975)

Fanzine d’étudiants de l’Athénée royal de Liège I (années 1975), à une époque où les textes étaient tapés à la machine à écrire, corrigés au Tipp-Ex liquide, les dessins ajoutés ensuite, le tout composé collectivement et photocopié en série puis agrafés à la main. Pour en savoir plus, il faut visiter la wallonica

© Patrick Thonart

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Samoyobe n°1 746.07 KB 2 downloads

© Collection privée ...

© Patrick Thonart

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Samoyobe n°2 1.81 MB 3 downloads

© Collection privée ...


D’autres dans le même fonds…

JOLIET Charles, Mille jeux d’esprit (1886)

JOLIET Charles (1832-1910), Mille jeux d’esprit (Paris : Hachette, 1886, 3ème éd.) : texte intégral de la troisième édition de l’ouvrage de Charles Joliet, scanné et océrisé par Daniel Baise (Fonds Primo).

© Daniel Baise